Le Sumi-e est l'art du lavis à l'encre noire (chinoise ou japonaise), une Voie de présence et d'humilité pour le peu que
j'ai ai expérimenté durant ces 3 jours... 'la Voie du Simple' comme le dit Robert Faure, notre maître de stage.
L'enseignement commence par de la copie de modèles... Facile ! dira-t-on... mais de la copie fidèle, pas si facile que ça Mmm...
cela implique déjà un "début" de maîtrise de quelques points que je vais tenter de parler ici :
Le regard doit d'abord pouvoir se porter sur le détail tout en gardant la vision d'ensemble, afin que la composition soit
harmonieuse en proportion et espace... et cela, bien sûr, avec le juste "coup de pinceau" chinois (ou japonais), d'autant plus diffcile à apprivoiser qu'on a pris de 'vieilles habitudes' de
peindre différamment avec d'autres supports (pour ma part, la peinture à l'huile qui est presque la technique opposée et pire encore, que je maîtrise assez bien)... mais bon, avec beaucoup
de patience et d'amour, malgré tous les ratés d'un commencement laborieux, et une facherie avec mon pinceau au soir du premier jour, il y eut peu à peu une douce sympathie à mieux connaître
cet inconnu au poil un peu rebelle... et bien sûr , avec l'accompagnement tout en légèreté de Robert, il devint mon compagnon de stage que je découvrais dans son subtil dosage en eau ou en
encre (une goutte, voire une 1/2 goutte de plus ou de moins et c'est tout un nouveau programme), dans sa position bien droite ou penchée, dans mon geste rapide ou lent, dans ses effleurements à
sec, ou gonflés d'eau sur le leger papier...
Car n'oublions pas que le papier chinois, si fin, si gracile, offre toutes les possibilités, du lavis au large coup de pinceau
ou à l'effleurement et que sa caractéristique majeure est sa capacité d'absorption, ce qui permet de tres beaux effets diffus et des lavis somptueux (à ce que j'ai vu des élèves plus avancés),
mais qui, pour le débutant comme moi, est un 'cauchemar' hehe, il faut bien imaginer ce qu'entraîne toute hésitation avec un pinceau un peu chargé d'eau : une belle tâche aux formes nuageuses là
où un trait bien précis et droit devait s'élancer...
Bref, de la nuance, de la patience (ça rime d'ailleurs) et surtout de la pratique, de découverte en découverte de cette
nouvelle relation main-pinceau/papier chinois, tout cela dans une présence du geste...
Ces 3 jours intenses ont été une merveilleuse inititation, maintenant c'est à chacun de s'exercer chez soi, si l'enthousiasme
est là, faire des 'gammes' comme le musicien, travailler avec les modèles, bref un programme de réjouissance jusqu'au prochain stage prévu l'été prochain, 5 jours cette fois, toujours
sur le même thème de l'année : les fleurs de prunier, qui fait partie des 4 "Gentilhommes", la Base d'apprentissage en 4 thèmes des multiples gestes Sumi-e.
Les 3 autres sont les orchidées sauvages, les bambous, et les fleurs de chrysantèmes, un par an.
Pour finir, j'ai envie de dire que le Sumi-e est l'Art de l'Essentiel ; il ne s'agit pas à proprement parler d'une
'représentation' de la réalité, mais du contact intime à cette réalité dans son Mystère, son essence, d'où l'importance du geste spontané et sans retouche..
C'est le chant de la Beauté immédiate, un ressenti participitatif de tout le Corps qui est le Corps d'Univers, si multiple et
changeant dans son flux continu d'Apparence...
Et dans l'apprentissage, qui n'a sans doute pas de fin, c'est aussi aimer toutes les émotions qui nous traversent, tant devant
nos cafouillages, nos doutes, que dans la grâce qui peut advenir tout à coup, sans qu'aucune d'elles n'ait de nature à se fixer, mais reste fluide comme l'eau du petit bol transparent près de
nous...
Allez, assez à présent de blabla, mais des exemples de mes réalisations, sur le thème donc, des branches et fleurs de prunier
:
Pour commencer le stage, on trace des lignes, droites de préférence mais sans tracé préalable, on découvre l'effet de l'encre
sur le pinceau et le papier, le plein et le vide, le geste s'assouplit... et l'esprit se détend en silence...
.
Ensuite de traits en traits, de déception en étonnement, de taches qui finalement n'entachent personne, les branches
dévoilent un peu de leur force, rugosités, noeuds et torsions du temps ...
Voici ma repro d'une 'vieille branche' dont Robert a porté le sceau d'encouragement (en rouge)
Le dernier jour enfin, on s'accroche de moins en moins aux branches hehe, on peut aborder les petites fleurs dans leur
légereté et leur souplesse... encore un geste si simple et pourtant pas si facile à pratiquer correctement, chaque pétale est un seul coup de pinceau dont la pointe vers le centre
reste immobile...
Une petite branche, alliance du yin et du yang, de la force et de la fragilité, de la rugosité et de la
délicatesse :
Et puis cette dernière, dont Robert m'a porté le sceau chinois symbolisant 'le coeur et la main', un petit 'bonus' qui m'offre une immense joie !
Je suis si heureuse d'avoir fait la connaissance de Robert et qu'il vienne enseigner si près de chez moi est une bénédiction !
Si vous souhaitez contempler les magnifiques Sumi-e qu'il réalise, allez visiter son site et sa gallerie sur :
http://www.art-zen.com/
Un petit poème que je lui dédie amicalement :
Le Mystère Vivant est Vision-Vacuité
Ne pouvant diviser la fleur du Ciel ni le Ciel de la fleur,
C'est le Ciel "fleurant" et exhalant sa fragance en de gracilles pistilles
Je me réjouis de toute Apparence, dans le jardin divin du Coeur
Parfois un sourire, un éclat de rire, une larme
C'est la Vie qui se célèbre, sans préférences,
Amour sans opposé
Teinté des dix mille nuances du monde sensible...
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